VALEUR SENTIMENTALE
de Joachim Trier
Mes fidèles beautés,
Comme vous pouvez vous en douter, une fois n’est pas coutume, votre dévouée critique acerbe était bien présente lors du dernier Festival de Cannes. Malgré les tentations et les dérives dues aux innombrables soirées (dont un after dans la suite de Pedro P. que je tiendrai évidemment muet), et sans parler des erreurs de style on the red carpet, rien ne m’a détournée de mon but premier : découvrir le dernier grand cru cannois concocté par notre Titi national.
Une sélection ambiguë, soufflant le chaud et le froid, ayant failli venir à bout de moi. Mais Cannes ne serait pas Cannes sans pépites, et c’est vers la fin du festival, bien essoufflé, que le miracle Valeur sentimentale arriva à point nommé !

Valeur sentimentale : objectivation ou souvenir abstrait ?
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Voici le sujet d'étude du nouveau film de Joachim Trier (Oslo, 31 août ; Julie en 12 chapitres), nous proposant l'analyse d'un soluté réduit à une famille, dont chaque fissure fait corps avec la demeure familiale leur servant de théâtre.
Valeur sentimentale n'est pas juste une énième comédie humaine, mais bien une chronique de portraits croisés entre un père et ses filles, reflétant les relations systémiques d'une génération sur l'autre.
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Afin de mieux appuyer son propos, notre beau Jojo place l’intrigue dans une magnifique maison de maître en périphérie d’Oslo. Devenant un personnage à part entière, tel un témoin névralgique des générations qui se succèdent, se transmettant angoisses et douleurs silencieuses, ce lieu, aussi idyllique que fantomatique, donne l'apparence d’être encore le seul lien vivant entre chacun.
Encore une idée formidable : penser l’objet comme matière à déconstruire pour mieux se reconstruire soi-même. Je vous laisserai le loisir de méditer le décor de la scène finale comme une promesse mémorielle plutôt que matérielle.
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Un tour de force où intelligible écriture et mise en scène composée renforcent la pureté des sentiments mis à nu. Et à ce propos, il est bon de saluer les interprétations à cœur perdu du trio d'acteurs de tête : notre chouchoute Renate Reinsve, Stellan Skarsgård et Inga Ibsdotter Lilleaas, venant sceller cette histoire familiale.
Une petite ombre vient assombrir ce beau tableau… Eh oui, tout n’est pas joli au pays de Candy… Et la question se pose quant à la présence du personnage joué par Elle Fanning : une actrice américaine plus fascinée que fascinante. Élément anachronique et comique, certes, mais le parallèle miroir déçoit un peu par sa naïveté.
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Un équilibre (presque) parfait, nous laissant vivre ce film plus que l'on ne le regarde… Un film qui aurait dû être une Palme, mais n’est pas Binoche qui veut.
Qu'à cela ne tienne, Valeur sentimentale sera la mienne.
Je vous astreins donc à annuler votre séance de psy, à vous rapprocher de votre salle préférée, à prendre un billet et à vous abandonner à la beauté d’esprit de Jojo TriTri.
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D’énormes poutoux les amours,
See you soon pour de nouvelles aventures avec votre Masque et votre Pute préférés💕
Bisou, Bonsoir.
Ecrit par J. - 20/08/25
